Le principal intérêt des émulsions lamellaires réside dans leur approche biomimétique de la barrière cutanée.
Pour rappel, la couche cornée, qui constitue la surface protectrice de notre épiderme, est composée de cellules mortes, les cornéocytes, scellées entre elles par un ciment lipidique intercellulaire. Ce ciment est organisé en bicouches lamellaires d'acides gras, de cholestérol et de céramides. En reproduisant cette géométrie en feuillets, l'émulsion lamellaire présente une excellente affinité de surface avec la peau. Ce biomimétisme facilite l'insertion de l'émulsion dans la couche cornée, pour combler les brèches entre les cornéocytes et ainsi limiter la perte insensible en eau. Cette propriété s'avère particulièrement utile pour les peaux sèches, dont la barrière cutanée, structurellement fragile, laisse facilement s'échapper l'eau de la couche cornée.
L'agencement en cristaux liquides offre également des perspectives techniques intéressantes en termes de vectorisation des actifs. Lorsque le système lamellaire est spécifiquement optimisé pour l'encapsulation, il permet de solubiliser des molécules au cœur de sa matrice tridimensionnelle. Les ingrédients hydrophiles trouvent leur place dans les feuillets d'eau, tandis que les composés lipophiles s'intègrent dans les bicouches de tensioactifs. Cette configuration compartimentée agit comme un bouclier qui stabilise et protège des actifs facilement altérables, tels que la vitamine C.
Il faut toutefois souligner que l'émulsion lamellaire ne peut pas être utilisée dans toutes les formulations.
En raison de son équilibre physico-chimique complexe, le réseau de cristaux liquides lamellaires s’avère particulièrement sensible aux variations de pH et à la présence de composés chargés positivement ou négativement. L'intégration de certains principes actifs à fort dosage se révèle donc très difficile, voire impossible, sans déstabiliser complètement l'émulsion. C'est le cas notamment des soins intégrant un pourcentage élevé d'AHA, dont la forte acidité rompt les liaisons entre les tensioactifs et entraîne le déphasage de la crème. L'émulsion lamellaire reste une galénique de pointe, réservée à des associations d'actifs bien spécifiques.