Les "boissons solaires" ou "boissons contre les coups de soleil" destinées à la protection cutanée se présentent souvent sous forme de flacons prêts à l'emploi ou de poudres à diluer. Leur formulation repose sur un ensemble de nutriments, principalement des antioxydants. On y retrouve généralement du bêta-carotène, le précurseur de la vitamine A, de vitamine C, de la vitamine E, du lycopène, issu de la tomate, du sélénium, ainsi que des polyphénols, souvent extraits du thé vert. Certaines versions plus récentes intègrent également du collagène hydrolysé ou de l'acide hyaluronique, censés soutenir la structure du derme par voie orale.
Le mécanisme d'action revendiqué par les fabricants repose sur la neutralisation des radicaux libres par l'intérieur.
En théorie, ces actifs circuleraient dans le sang pour atteindre les couches profondes de la peau, où ils agiraient comme un bouclier biologique. Ils prétendent ainsi réduire l'inflammation en inhibant la production de cytokines pro-inflammatoires et en accélérant la régénération des kératinocytes endommagés par les UV. L'argumentaire marketing suggère que ces boissons pourraient "préparer" la peau en augmentant son seuil de tolérance érythémateuse, ou "réparer" les dégâts post-exposition en restaurant le stock d'antioxydants épuisé.
Cependant, d'un point de vue clinique, il n'existe à ce jour aucune preuve scientifique solide démontrant que l'ingestion d'une boisson peut stopper ou inverser un coup de soleil une fois celui-ci installé.
Si certaines études montrent qu'une supplémentation à long terme, au minimum de plusieurs semaines, en antioxydants peut légèrement renforcer la résistance naturelle de la peau aux UV, une consommation ponctuelle après une brûlure est inefficace. La biodisponibilité de ces actifs est limitée : entre le moment de l'ingestion et celui où ils atteignent la surface de la peau, la plupart des nutriments sont métabolisés ou éliminés par l'organisme avant d'avoir pu exercer une quelconque action sur l'inflammation en cours.
Il est donc particulièrement dangereux de compter sur ces boissons pour prendre en charge un coup de soleil. Le risque majeur est celui du retard de soin : en pensant soigner leur érythème avec un breuvage, les consommateurs peuvent négliger les mesures de premiers secours essentielles. Un coup de soleil est une brûlure thermique et chimique qui nécessite une action topique immédiate pour abaisser la température des tissus. Se fier à une boisson expose à une aggravation des symptômes et, dans les cas les plus graves, à l'absence de prise en charge d'une brûlure au second degré nécessitant une expertise médicale.
Aucune boisson ne peut bloquer ou neutraliser les effets des rayons UV sur la peau.
Enfin, l'utilisation de ces produits peut induire un sentiment de fausse sécurité. Croire que l'on peut "neutraliser" les effets du soleil de l'intérieur peut amener à réduire la vigilance sur les protections externes de type crème solaire, vêtements et ombre. Or, aucune boisson ne peut bloquer les rayons UV ni empêcher les dommages causés à l'ADN cellulaire. La "protection solaire buvable" est un terme galvaudé qui ne doit en aucun cas se substituer aux méthodes de photoprotection classiques, sous peine d'augmenter drastiquement le risque de mélanomes.