La phototoxicité : une réaction non immunologique immédiate.
Représentant la vaste majorité des cas de photosensibilisation, la phototoxicité est un phénomène qui ne fait pas intervenir le système immunitaire. Elle peut théoriquement survenir chez n'importe quel individu, dès la première prise, pourvu que la concentration épidermique du médicament et l'intensité du rayonnement solaire soient suffisamment élevées. Sous l’action des rayons UV, le médicament stocké dans la peau absorbe l'énergie lumineuse, se transforme et génère des espèces réactives de l'oxygène, des molécules instables. Ces radicaux libres provoquent l'oxydation des structures cellulaires, ainsi que des dommages tissulaires profonds.
L'intensité de la réaction dépend de la dose administrée, de la durée d'exposition et du phototype de l'individu.
Les peaux claires y sont particulièrement sensibles. Les peaux mates ou foncées bénéficient d'une protection naturelle relative grâce à la mélanine, dont les propriétés antioxydantes limitent les dégâts radicalaires, bien qu'une réaction phototoxique reste tout à fait possible. Cette dernière se manifeste rapidement, de quelques minutes à quelques heures après l’exposition. Elle prend l'aspect d'un violent coup de soleil, caractérisé par un érythème intense, un œdème, une vive sensation de brûlure et parfois l'apparition de cloques. Les lésions se cantonnent strictement aux zones exposées au soleil. Si l’interruption du traitement et l'éviction solaire stoppent la crise, une hyperpigmentation résiduelle peut persister pendant plusieurs mois.
Au-delà de l'érythème classique, une réaction phototoxique peut prendre des formes dermatologiques plus spécifiques selon les molécules responsables :
La pseudoporphyrie : Elle se traduit par une fragilité cutanée extrême associée à des bulles et des vésicules sous-épidermiques.
Les réactions lichénoïdes : Il s'agit de l'apparition de papules ou de plaques cutanées similaires à un lichen plan, associées à des troubles de la pigmentation.
La photonycholyse : Elle correspond à une séparation douloureuse et spontanée de l’ongle de son lit unguéal.
Les télangiectasies : Souvent associées à la couperose, les télangiectasies désignent une dilatation visible des petits vaisseaux sanguins de la peau.
L'urticaire solaire médicamenteux : Ce terme désigne le développement de plaques d'urticaire cinq à dix minutes après l'exposition, se résorbant généralement d'elles-mêmes à l'ombre.
L'hypersensibilité oculaire : La toxicité ne se limite pas à la peau. Les molécules phototoxiques peuvent rendre les yeux hypersensibles à la lumière, déclenchant une inflammation, des sensations de brûlure ou des larmoiements.
La photoallergie : une hypersensibilité immunologique retardée.
Beaucoup plus rare, la photoallergie est une véritable réaction allergique qui implique une réponse immunitaire. Contrairement à la phototoxicité, elle ne dépend pas de la dose de médicament absorbée : une quantité infime combinée à une exposition solaire minimale suffit à déclencher l'éruption chez une personne préalablement sensibilisée. En effet, le processus nécessite une phase de sensibilisation initiale. Les symptômes surviennent ainsi dans un délai de 5 à 21 jours après le début du traitement. En revanche, en cas de réexposition ultérieure au soleil, la réaction est plus rapide et démarre en 24 à 48 heures.
Le mécanisme biologique à l'origine de la réaction photoallergique est différent de celui régissant la phototoxicité. Ici, les rayons UV modifient la structure du médicament présent dans l'épiderme, lui permettant de se lier avec certaines protéines de la peau. La molécule qui en résulte est ensuite capturée par les cellules de Langerhans, qui la présentent aux lymphocytes T. Une fois ces cellules immunitaires activées, une réexposition au soleil sous médicament déclenche la libération de cytokines inflammatoires, qui provoquent des symptômes similaires à ceux de l'eczéma, avec des rougeurs, des démangeaisons et des lésions suintantes.
Contrairement à la phototoxicité, la réaction photoallergique ne se limite pas aux zones exposées à la lumière et peut s'étendre vers les zones couvertes par les vêtements.